Est-ce que je peux vraiment allaiter mes jumeaux pour les nourrir? Le récit de Marina pour "A Beautiful Body Project".

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Marina raconte comment se dévoiler lors de la séance photo pour A Beautiful Body Project rimait pour elle au début avec l’exposition au grand jour des failles et des ratés de son corps. Hésitante à se faire tirer le portrait en tant que maman allaitante, titre dans son esprit réservé aux mères pratiquant l’allaitement exclusif, ces « vraies » mères allaitantes dont les bébés n’ont jamais vu un biberon ni goûté une goutte de lait artificiel.

Mais voila, l’allaitement, ça s’est pas vraiment passé comme ça pour elle.

Après être passée par les affres de l’infertilité, de la FIV, d’un accouchement déclenché qui se termine par une ventouse, elle a “appris à ne pas faire entièrement confiance à son corps”, comme s’il lui manquait cette sagesse maternelle innée que beaucoup de femmes ressentent. Malgré cela, elle était décidée à allaiter. Quelques minutes seulement après la naissance de son second fils, les deux garçons, déposés sur sa poitrine, ont commencé à téter. Enfin quelque chose qu’elle pouvait faire, un des processus du maternage que son corps était capable de faire.

Après 2 semaines pourtant, elle sent que quelque chose ne tourne pas rond. Pleurs incessants et perte de poids des bébés, bataille avec elle-même pour tenir son intention : supplémentation, extraction de lait, ses bébés au sein non-stop, des litres de tisanes pour produire du lait ingurgités…mais les pleurs des petits continuent. Elle aussi en  pleure, seule, enfermée dans sa salle de bain. Elle pleure ce corps défaillant pour elle, mais aussi pour ces deux beaux bébés qui dépendent d’elle pour être nourris.

Lorsque son mari leur donne leur premier biberon, elle en larmes tout du long. Le lait artificiel synonyme de baiser mortel de l’allaitement auquel elle croyait. Les petits dévorent le bib, s’endorment saouls de lait. Ce biberon de lait faisait ce que ses seins étaient incapables de faire. Elle déteste alors ses seins pour ne pas donner assez et elle-même pour ne pas être assez : un grand sentiment d’échec et de ressentiment envers son corps, qui ramène en bloc le souvenir de toutes ces années d’infertilité, faisant écho à la douleur et aux insécurités de cette période.

Depuis, elle a fait la paix avec son corps et avec l’histoire de son allaitement. Elle ressent toujours de temps à autre du ressentiment et de la culpabilité envers son corps qui n’a pas pu donner à ses petits l’allaitement exclusif qu’elle souhaitait pour eux. Marina apprend à aimer son corps pour tout ce qu’il fait, mais aussi pour ce avec quoi il a lutté. Elle chérit le miracle d’avoir pu concevoir ces 2 incroyables bébés en dépit de tout et dévoile sa fierté d’avoir pu les avoir si longtemps au sein : lorsqu’ils lèvent les yeux vers elle, leurs petits sourires à deux dents lui rappellent que ces moments sont précieux et qu’à leurs yeux, elle est cette « vraie » maman allaitante qui réussit et qu’ils aiment de façon inconditionnelle malgré ce qu’elle perçoit comme ses failles.

Ce n’est certes pas comme ça qu’elle avait envisagé la maternité. Ses seins n’ont pas tout pu apporter à ses bébés et ils adorent désormais les aliments solides. Mais ils s’endorment encore au sein en caressant son cou, ils rampent pour téter s’ils se sont fait mal ou qu’ils ont peur et ils se donnent la main et jouent avec les cheveux de l’autre lorsqu’ils sont au sein ensemble. Cette expérience lui a appris à aimer son corps allaitant, même s’il est un peu mou et manque de tonus. Elle chérit tous ces moments d’intimité et de complicité avec ses bébés et s’émerveille de toutes les petites choses que son corps a accomplies et continue de faire.

Photos et récit recueillis par Ashley Nayler, l’une des photographes thérapeutiques pour A Beautiful Body Project, basée dans l’Ontario (Canada).

Pour en savoir plus sur son travail, vous pouvez aussi la suivre sur Facebook/ashnaylerphotography

Source :  A Beautiful Body Project  ~Traduction Brigitte Rietzler // Temesira

 

 

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